点击查看原文:John Starks, légende de New York, raconte ses souvenirs dont son dunk raté sur la tête de Patrick Ewing : « Cette blessure, c'était une bénédiction déguisée »
John Starks, légende de New York, raconte ses souvenirs dont son dunk raté sur la tête de Patrick Ewing : « Cette blessure, c’était une bénédiction déguisée »
John Starks lors de l’entretien accordé à « L’Équipe » à Abu Dhabi, en septembre 2025. (F. Faugère/L’Équipe)
John Starks, arrière emblématique des années 1990 à New York époque Patrick Ewing, revit ses souvenirs avec les Knicks et décèle une vibe old-school dans l’équipe de Big Apple d’aujourd’hui, qu’il voyait bien, dès l’entame de la saison, aller au bout de leur rêve d’un premier titre depuis 1973.
L’année des Knicks ? Personne, sans doute, ne nourrit cet espoir plus que John Starks alors que New York a remporté le match 1 de la finale face à San Antonio. Dans un vaste hall plongé dans le noir, réquisitionné par la NBA à Abu Dhabi en septembre dernier, des projecteurs aveuglants sont fixés sur sa bouille joviale, ses joues arrondies par un inextinguible sourire. Celui d’un assassin pas silencieux, expert en trash-talking, qui a sévi sur les parquets de 1988 à 2002.
Cela fait deux décennies que le natif de Tulsa (Oklahoma), arrière de petite taille à la détente hors norme et au parcours cabossé - « j’étais listé à 1,95 m, mais je ne mesure pas plus de 1,88 m », s’esclaffe-t-il _ joue les ambassadeurs pour ses Knicks, emblème qui n’a plus retrouvé le titre NBA depuis 1973. Non drafté, intégré à l’équipe new-yorkaise par la grâce d’un dunk raté sur la tête de Patrick Ewing, Starks est devenu une légende de Big Apple, shooteur précurseur à 3 points, amateur de money-time et teigne en défense incarnant les valeurs rugueuses de la côte Est, ainsi que la rivalité entre les Bulls et les Knicks dans les années 1990.
Les New York Knicks et la finale NBA, c’est toujours toute une histoire
C’est ainsi qu’à chaque tournée média, deux moments restés dans la mémoire collective ressurgissent : un dunk sur la tête d’Horace Grant et Michael Jordan en finale de conférence 1993 - « On m’en parle tous les jours, encore aujourd’hui ! », sourit-il -, et le shoot qui aurait pu offrir le sacre à New York dans le match 6 de la finale 1994 face à Houston, contré pour une poignée de millimètres par Hakeem Olajuwon. Dès le prologue de la saison, Starks (60 ans), qui avait accordé quinze minutes d’entretien à L’Équipe, l’avait affirmé, usant de la première personne du pluriel - car toujours membre éminent de la famille Knicks - : « Cette fois, cela sera notre année. »
« Big Apple attend un titre depuis 53 ans, a mis un quart de siècle avant de retrouver la finale de conférence - et aujourd’hui la finale. Comment trouvez-vous ces Knicks ?
Je crois vraiment que cela va être notre année. Ils ont beaucoup de travail devant eux, mais je suis enthousiaste à l’idée de ce que va apporter Mike Brown (le coach), au niveau de la culture offensive, au vu de ce qu’il a accompli à Sacramento et Cleveland. Il a appris sous la tutelle de Gregg Popovich, puis au côté de Steve Kerr à Golden State. Le mouvement de balle, la manière d’impliquer tout le monde.
Quand vous voyez la NBA aujourd’hui, souvent jugée plus soft, aimeriez-vous y voir renaître l’esprit des années 1990, incarné notamment par les Knicks ?
Je pense que cette équipe, justement, a ce mindset. Ils basent leur réussite sur la défense. Et c’est indispensable. Tout en ayant un jeu offensif complémentaire, bien sûr. Coach Brown va combiner ces deux approches. Et je crois que c’est la recette pour nous rendre meilleurs.
Avant de signer aux Knicks (puis de partir à Chicago en cours de saison), un Français, Guerschon Yabusele, avait regagné sa place en NBA grâce à un dunk sur LeBron James lors des Jeux Olympiques de Paris 2024. Cela vous rappelle quelque chose ?
(Sourire.) Bien sûr… Cela a changé le cours de sa carrière. Il avait été drafté par les Celtics, puis oublié et renvoyé en Europe. Or une action de cette magnitude a le pouvoir de changer une vie. Je suis bien placé pour le savoir. C’est comme l’action que j’ai réalisée contre les Chicago Bulls en 1993.
Vous m’avez vu venir… Est-il vrai que trente ans plus tard, votre échappée ligne de fond conclue main gauche, renommée “The Dunk”, revient sur le tapis tous les jours ?
Il n’y a pas un jour sans qu’on m’en parle. Regardez, vous êtes en train de le faire (rires). Évoluer à un tel niveau, en play-offs, réaliser une action comme ça, au moment le plus clutch du match, c’était fou. Avoir Jordan sur la photo a fait prendre au geste une autre dimension.
Vous ne l’aviez pas remarqué sur le moment…
Dans l’excitation du moment, je l’ignorais totalement. Je n’en ai pris conscience que le lendemain en achetant le journal. Jordan était là, au deuxième plan, et je peux le dire, ç’a changé le cours de ma carrière. Ce n’est qu’un moment, mais qui m’a fait remarquer, m’a mis sur la carte, propulsé au niveau supérieur.
Est-il vrai que vous possédez une peinture de l’action ?
C’était l’année suivante, à Miami. Je descendais du car avec l’équipe et un mec brandissait cette toile géante. Les gars m’ont dit : “il faut absolument que tu récupères ça !” J’ai fini par la lui acheter et elle trône toujours dans ma maison (sourire).
Un autre dunk, en 1990, a façonné votre carrière. Celui que vous avez tenté - sans succès - d’écraser sur Patrick Ewing lors d’une séance d’essai pour les Knicks…
C’était le dernier jour de l’entraînement. L’équipe ne comptait pas me conserver. Je savais que je devais faire un truc dingue pour marquer les esprits des coaches. Je me suis retrouvé en contre-attaque, j’ai voulu sauter. Mais j’avais oublié que Patrick Ewing pouvait toujours courir et sauter à l’époque. Il mesure 2,13 m, il m’a attrapé et m’a cloué au sol. Je me suis tordu le genou en retombant. Les Knicks ont dû me placer sur la liste des blessés. Ce que j’ignorais, c’est qu’en conséquence, ils n’avaient d’autre choix que de me garder. En décembre, je disputais mon premier match officiel pour New York. Contre… Chicago. Le destin ? Cette blessure, c’était une bénédiction déguisée. Patrick me dit toujours qu’il a été mon sauveur (il rit).
John Starks, lors de la saison 1991-1992, participe à un concours de smashes des New York Knicks. (M. Deschamps/L’Équipe)
Que gardez-vous de cette première rencontre ?
Quelle ironie. J’avais grandi en regardant Michael Jordan à l’université et chez les Bulls quand j’étais moi-même à la fac. J’étais surexcité, impatient, je l’avais étudié sur vidéo, je connaissais les détails de tous ses moves. La première fois où il a essayé de me prendre au poste bas, je lui ai donné un coup de coude dans le dos. Il m’a regardé et m’a dit : “Tu m’appelleras Monsieur Jordan avant la fin de la soirée.” Mais il n’a pas réussi à me le faire dire (rires). J’ai fait un match correct (10 minutes, 4 points, 33 pour MJ), mais je suis allé le voir et je lui ai dit : “Tu n’as pas eu ton ‘M. Jordan’ !” Qui aurait pu prédire les batailles à venir entre nous ?
Votre histoire commence sur un playground, Cheyenne Park, à Tulsa…
Il représente tout pour moi. Beaucoup de grands joueurs de ma ville natale y sont passés. J’étais tout le temps dehors, soit à jouer avec du monde, soit seul le soir, à rêver de NBA. J’affrontais Dr. J (Julius Erving) dans ma tête tous les soirs. Et je le battais ! C’était incroyable. C’est là où tu fais tes armes, là que j’ai peaufiné mes skills.
Vous avez été renvoyé de plusieurs écoles, avez dû faire le “bag boy” dans les épiceries - l’employé emballant les courses des clients. Racontez-nous cette période difficile.
Mes deux premières années d’université, je me cherchais encore, j’étais toujours immature. Après avoir commencé à travailler chez Safeway, j’ai rencontré ma future femme, on s’est mariés et on a eu notre fils peu après. Ça m’a fait mûrir vite. Je devais subvenir à leurs besoins, et je savais que reprendre mes études et devenir le joueur que je suis devenu m’y aideraient. Si je pouvais, je changerais des choses dans mon parcours, mais en même temps il m’a amené où j’en suis aujourd’hui.
John Starks assure que « tous les shooteurs rêveraient de jouer aujourd’hui ». (F. Faugère/L’Équipe)
Que pensez-vous du basket actuel, qui a basculé dans le tir à 3 points à outrance ? Auriez-vous aimé jouer à cette époque ?
Tous les shooteurs rêveraient de jouer aujourd’hui. C’est un peu différent de mon époque (il rit). Après, quand tu vois OKC en 2025, ils n’ont pas pris tant de tirs longue distance que cela. Si c’était ouvert, oui, mais sinon, ils avaient cette vibe old-school. Je le répète tout le temps : le trois points est comme un uppercut, qui a un gros impact et peut vous remettre dans un match qui semble perdu. Mais, particulièrement dans les derniers moments, le shoot à deux points continue à vous faire gagner les matches…
« C’est comme si le doigt d’Hakeem Olajuwon s’était étiré de deux centimètres juste pour réussir à accrocher mon tir du bout des ongles
John Starks sur le tir contré par Olajuwon au match 6 de la finale NBA 1994 qui aurait pu offrir le titre à New York
Difficile de parler shoot à 3 points avec vous sans évoquer ce tir du match 6 en 1994, qui aurait pu offrir le titre à New York à Houston. Est-ce quelque chose qui cesse un jour de vous hanter ou faut-il vivre avec encore aujourd’hui, à l’image de “The Dunk” ? Et puis est-il vrai que vous n’avez pas dormi les deux nuits suivantes ?
Oui, c’était… dur. Parce que j’étais en feu pendant ce quatrième quart-temps. Et quand j’ai tiré, je le voyais dedans, je le sentais, je me suis dit : “Game !” C’est ce que je me disais toujours à la fin d’un match quand j’avais en main le tir de la gagne à la dernière seconde. Mais… à cet instant, c’est comme si le doigt d’Hakeem Olajuwon (venu en aide, dans une course désespérée, contrer le shoot de Starks) s’était étiré de deux centimètres juste pour réussir à accrocher mon tir du bout des ongles. Alors oui, on continue à repenser à ces moments. Ça ne me mine pas, hein ? Mais quand les play-offs arrivent, des flashes peuvent ressurgir. On se dit : “Si seulement j’avais juste mis ce tir…” L’histoire serait bien différente aujourd’hui. Mais c’est le basket. Je me rappelle toujours d’une chose : alors que beaucoup de légendes de ce jeu n’ont même pas eu l’opportunité de se battre pour une bague de champion, nous avons eu, moi et mes coéquipiers, cette chance inestimable. »